Henriette Louise Françoise d'Argouges

Biographie universelle, ancienne et moderne, ou Histoire, par ordre ...
Auteur : Joseph Fr. Michaud, Louis Gabriel Michaud

TALMOND (HENRIETTE-LOUISE-FRANÇOISE D'ARGOUGES , (princesse de )

Issue d'une ancienne famille de robe et d'épée, et héritre d'une grande fortune, fut mariée très jeune à l'un des quatre fils du duc La Trémoille, le prince de Talmond, remarquable par sa beauté et que sa valeur a placé au premier rang des défenseurs de la monarchie. Il était frère de l'abbé de La  Trémoille, l'une des victimes immolées par la révolution sur l'échafaud dressé à la barrière du Trône. Ses exploits, sa fin digne d'une vie glorieuse sont gravés dans la mémoire de tous les Français. Arté une première fois du té de Laval, il dut la vie à la présence d'esprit et au vouement de sa qui parvint à le faire sortir des prisons d'Angers. Libre alors de partir pour l'Angleterre ou de retourner dans la Vendée : « Tout mon sang est pour mon Roi, dit-il, et je le verserai jusqu'à la dernière goutte. » Il tint parole, et soixante-huit combats, à la tête de la cavalerie vendéenne, ne lui laissèrent que le sang que bientôt il répandit sur l'échafaud. Pendant cette terrible lutte, madame de Talmond, loin de son mari, en soutenait une autre, bien faite pour mettre à l'épreuve son courage et sa tendresse. Obligée de se soustraire aux fureurs révolutionnaires et essuyant tout ce que les persécutions, la fuite, la nécessité de se cacher ont de plus difficile et de plus pénible pour une femme, on la vit oublier sa propre sûreté, consoler l'abbé de La Trémoille dans sa prison, et s'efforcer de l'arracher à la mort en employant toutes les ressources de son dévouement. Ce fut en vain ! Peu après et à peine âgé de 24 ans, son fils unique n'en ayant que 6, elle perdit son mari, conduit à l’échafaud à la fleur de lge. On sait comment mourut ce héros de la cause royaliste; et l'histoire ne doit pas oublier ces belles paroles dites à ses bourreaux : « Les révolutionnaires font leur métier; les royalistes font leur devoir...» 

L'âme de la princesse de Talmond était digne de si grands souvenirs et du nom qu'elle portait. Il lui restait un fils, et elle se voue tout entière à cet objet chéri. Ce fut alors que, tantôt marchande, tantôt servante, tantôt paysanne dans un village du Jura, elle parvint à la frontière de Suisse. Son but était de conserver à son fils l’héritage paternel, et elle ne pouvait l'atteindre qu'en prenant des précautions pleines de difficultés, pour éviter l'inscription sur la liste des émigrés. Enfin elle put se fixer près de Genève, dans un asile obscur; puis elle revint dans ses foyers lorsque le calme fut rétabli, et se consacra tout entière à l'éducation de cet enfant chéri ; mais le despotisme de cette époque vint lui susciter d’autres alarmes, et mettre à une nouvelle épreuve l'énergie de son caractère. Ses amis persécutés connurent encore toute la chaleur de son dévouement, et ce penchant à rendre service, qui était comme inné chez elle. Combien de fois Fouché ne la vit-il pas venir réclamer l’adoucissement du sort d'un prisonnier, la révocation d'un exil ! Au moment ou un brevet de sous-lieutenant lui enlevait son enfant unique, le seul rejeton de la famille des La Trémoille, elle courait au Temple arracher le comte Auguste de Larochejaquelein à une arbitraire et cruelle détention. Il avait refusé une nomination d'auditeur au conseil d'État ; il accepta une sous-lieutenance de carabiniers, ainsi que l’avait fait son ami le prince Léopold de Talmond. On conçoit quelles durent être les alarmes d'une mère en présence de ces guerres homicides qui moissonnaient la fleur de la population ! La santé de cet objet de sa constante sollicitude ayant beaucoup souffert par les fatigues de la campagne de Russie, elle obtint son rappel, et eut un éclair de bonheur en l'unissant à Mlle de Duras. Mais le coup fatal était porté, et l'état du jeune prince, devenu plus fâcheux, ne laissa plus d'espoir au moment de la seconde restauration en 1815. 

Mme de Talmond perdit tout ce qui l'attachait à la vie, ce fils qui lui avait coûté tant de sacrifices ! Ce ne fut qu'en consacrant son existence au bonheur des autres qu'elle put surmontera douleur. Dès ce moment, elle se voua uniquement à la bienfaisance. Sa maison pouvait être regardée comme un temple consacré aux affections de famille et à l’amitié, comme un asile ouvert au malheur. Une telle vie devait être couronnée par une fin chrétienne, et par ce seul mot nous avons exprimé tout ce qu'il y eut de résignation dans les plus cruelles souffrances, de calme et de sérénité en présence de la mort. La princesse de Talmond mourut en 1836 sans laisser de postérité, et cette illustre famille, près de s'éteindre, n'eut plus d'espoir qu'en une autre branche, qui elle-même était près de subir le même sort !

Félicie de Duras était la marraine de Robert d'Argouges, mon grand père.


Les La Trémoïlle pendant cinq siècles. Claude, Henri, Charles II et Charles III / [par le duc L.-C. de La Trémoïlle]

Auteur : La Trémoïlle, Louis de (1838-1911)  -  Edité en 1890

1803, 15 août. Paris. — Lettre du duc de La Trémoille (1) à madame de Talmond (Henriette d'Argouges).

« Si je ne vous ai pas écrit, ma chère soeur, c'est que je n'avois rien de bon à vous mander ; comme vous savés, l'homme propose et Dieu dispose. Il n'étoit pas dans ses dispositions que je fusse au service de Bavière ; ce dont je le remercie tous les jours. Quoique ma tante de Croy aye, m'a-t-on dit, pronostiqué d'avance que je ne réussirai pas, il n'en est pas moins vrai que j'étois parfaitement et suis encore le maître d'y réussir autant que son fils, et d'y avoir comme lui un grade de général sans appointements ; mais, comme je ne peux pas vivre de l'air du temps, que je n'ai pas d'indemnités en Empire, comme ma sérénissime tante (dont par parenthèse l'Electeur se mocque rudement, ayant passé une heure avec moi à en faire des gorges chaudes), j'ai jugé plus prudent de revenir au port prendre de nouvelles provisions, ce qui m'a réussi, car depuis 4 jours que je suis à Paris, j'ai fait de bonnes affaires et repartirai bientôt pour l'Allemagne avec des recommandations très positives et pressantes pour plusieurs cours, de manière à pouvoir choisir le service qui paye le mieux et où je serai le plus convenablement ; et je ne regretterai pas la Bavière, où je n'ai vu que fausseté, coquinerie et misère. Je vous raconterai tout cela en détail, car je suis très empressé d'aller vous embrasser, ainsi que mon bon Léopold. J'ai encore à faire ici pour deux jours ; et ensuite j'irai en passer trois ou quatre avec vous à Fleuri. J'espère que vous n'y avez pas grand monde et que je ne vous gêne pas ; d'abord je suis sans domestique et vous savés que je suis accoutumé à tout, et à camper sur un matelas, et même sur la paille, comme cela nous est arrivé à Achères. Je vous prie, ma chère soeur, de dire cent mille choses de ma part à M. Le Pelletier, s'il est à Fleuri, et d'offrir mes hommages à Madame, si elle y est. Je vous embrasse de tout mon coeur, ainsi que Léo, et vous prie de me préparer bon visage d'hôte, car ce seroit venir de trop loin, pour en trouver un équivoque. Si j'étois positivement sûr du jour, je vous prierois de m'envoyer votre cabriolet à la descente de la diligence à Chailly ; mais je dépends des affaires et ne puis pas dire si ce sera mercredi ou jeudi. Adieu donc, chère soeur.

« CHARLES.»

1 - Il s'agit du beau frère d'henriette


Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe

Auteur : Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, Le Mans Edité en 1874

ÉTABLISSEMENT DES SOEURS DE CHARITÉ DE LA COMMUNAUTÉ

D'ÉVRON.

L'établissement des sœurs de charité à Douillet fut fondé en 1828, par Mme Henriette-Françoise-Louise d'Argouges, propriétaire à Douillet, veuve de M. Antoine-Philippe La Trémoille, prince de Talmont.
Elle donna une somme de quinze cents francs pour meubler la maison, et assura une rente annuelle et perpétuelle de trois cents francs pour l'entretien et la nourriture de deux sœurs. M. le vicomte de Montesson, maire de Douillet, acheta en son nom, par acte authentique du 16 novembre 1828, une maison sise au bourg de Douillet, moyennant la somme de 5,800 francs, et par le même acte il en fit don à Madame la Supérieure des sœurs de la communauté d'Évron, à condition d'y envoyer et d'y maintenir perpétuellement deux sœurs de sa congrégation, pour l'instruction et l'éducation chrétienne des jeunes filles et le soulagement des pauvres malades dans la paroisse.