Charlotte de Bautru de Nogent

Fiche généalogique de Charlotte de Bautru
Fiche généalogique de Nicolas d'Argouges son premier mari
Fiche généalogique de Jean-Baptiste Armand de Rohan

La Correspondance historique et archéologique (Volume 3-4)

Charlotte de Bautru, sœur du chevalier, était une personne étrange. Née en 1641, elle possédait les défauts comme les qualités d'esprit des Bautru, poussés à l'extrême. Le portrait qu'en a fait Saint-Simon n'est pas flatteur; il donne l'idée des méchantes, laides, mais spirituelles fées des contes de Perrault:

« C'étoit une bossue, tout de travers, fort laide, pleine de blanc, de rouge et de filets bleus pour marquer les veines, de mouches, de parures et d'affiquets, quoique déjà vieille, qu'elle a conservés jusqu'à plus de quatre-vingts ans qu'elle est morte. Rien de si effronté, de si débordé, de si avare, de si étrangement méchant que cette espèce de monstre, avec beaucoup d'esprit et du plus mauvais, et toutefois de l'agrément quand elle vouloit plaire. Elle étoit toujours à Saint-Cloud et au Palais-Royal quand Monsieur y étoit, à qui l'on reprochoit de l'y souffrir, quoique sa cour ne fût pas délicate sur la vertu. Elle n'approchoit point de la cour et personne de quelque sorte de maintien ne lui vouloit parler quand rarement on la rencontroit. Elle passoit sa vie au gros jeu et en débauches, qui lui coûtoient beaucoup d'argent ».

Cette personne, que Saint-Simon nous représente comme si laide, n'en fit pas moins deux très brillants mariages. Le 21 décembre 1664, elle épousa, à l'âge de vingt-trois ans, Nicolas d'Argouges, marquis de Rannes, gouverneur d'Alençon, cornette des chevau-légers de la garde, — brave soldat de la vieille maison des d'Argouges de Normandie, très différente de celle des d'Argouges de robe, — qui fut tué, près d'Offembourg, le 16 juillet 1678, étant lieutenant général depuis un an. Après un veuvage de dix-huit ans, et déjà sur le retour, elle convola, le 2 août 1682, avec un Rohan, Jean-Baptiste-Armand, chevalier de Rohan, plus tard prince de Montauban. Ce nouvel époux, de seize ans plus jeune qu'elle, et à qui elle devait survivre vingt-et-un ans, n'était rien moins que le second fils de Charles I, duc de Montbazon, mort en 1699, et de Jeanne-Armande de Schomberg, et le frère cadet de Charles III, prince de Guemené, duc de Montbazon, qui ne mourut qu'en 1727. Ce second mariage avait été une oeuvre de profonde diplomatie, et peut-être de démon. « Mme de Rannes, qui étoit exclue de bien des choses », n'étant encore que femme d'un brave gentilhomme, « devenue veuve voulut par un second mariage pouvoir être de tout et aller partout ». Sourches nous peint bien ses manèges.

« Il y avoit longtemps, dit-il, que la marquise de Rannes avait envie d'épouser M. le chevalier de Guemené, espérant par ce mariage avoir le tabouret. Toute la maison de Rohan s'y étoit opposée avec raison, cette dame n'ayant point assez de bien pour faire la fortune d'un cadet de cette illustre maison, étant d'ailleurs presque assez âgée pour être sa mère, et ayant déjà quatre ou cinq enfants de son premier mari. Ces obstacles durèrent autant de temps que le chevalier de Guemené fut mineur, et même il y eut arrêt du Parlement qui lui défendit d'épouser Mme de Rannes; on croyoit même que le roi s'y opposeroit; mais dès que le chevalier de Guemené fut majeur, il eut permission du roi et du Parlement de faire ce mariage, qu'il fit peu de jours après, et sa femme prit séance chez la Reine, sous le nom de la princesse de Montauban ».

Comment la veuve était-elle parvenue à ses fins ? Le prince de Montauban, d'abord abbé, et à peine échappé à la soutane, était, il est vrai, « un jeune homme bien fait, mais peu spirituel». Ce serait alors faiblesse de sa part. Mme de Rannes eut aussi d'autres moyens de persuasion. « Elle donna gros à M. de Montauban pour l'épouser », dit Saint-Simon. Restait le tabouret à obtenir. C'est alors que la nouvelle princesse de Montauban fit jouer l'influence de la belle princesse de Soubise, qu'elle avait su capter, et surtout celle du frère du roi.

Par son père, capitaine de la porte, fort aimé de toute la famille royale, et par son cousin germain, le comte de Serrant, chancelier du duc d'Orléans, elle avait de bonne heure eu accès à la cour de Monsieur, qu'elle égayait par son esprit, et dont, à ce titre, elle fut une favorite, comme Mme de Grancey l'était pour sa beauté. « Elle le faisoit rire, même n'en eut-il pas envie, et elle avoit hérité cela de ses ancêtres qu'elle avoit une grande disposition pour le comique », dit un contemporain. On jouait gros jeu aussi au Palais-Royal et à Saint-Cloud,et Mme de Montauban avait de tout temps été grande joueuse, joueuse à tous les jeux, même ceux qu'on ne dit pas. « Fort joueuse, dit Saint-Simon, et encore plus autre chose, elle étoit fort de la cour de Monsieur ». Par tous ces moyens, grâce à tous ces vices — car de tout temps, dans le monde, on a plus réussi par ses vices que par ses vertus — le tabouret fut enlevé. Ainsi fut emportée aussi la grande faveur des Marly, dont elle fut désormais, toujours par le canal de Monsieur, et aussi par quelque argent donné à la princesse d'Harcourt. Parvenue à tout ce qu'elle avait ambitionné, la princesse de Montauban n'avait que faire de cet époux. « Elle ne tarda pas, dit Saint-Simon, à se brouiller avec éclat avec son nouveau mari, dont elle n'ouït plus parler dans la suite et dont elle n'eut qu'une fille, qu'elle eut grand soin de coffrer ». Si c'était pour elle une gène, dès 1690, une séparation, et plus tard la mort du prince de Montauban, arrivée à Brie-Comte-Robert, le 4 octobre 1704, lui rendirent toute sa liberté, qu'elle employa assez misérablement, pendant le reste de cette longue vie, prolongée jusqu'au 10 décembre 1725. Elle avait survécu cinq ans à sa belle-sœur la comtesse de Nogent, et devancé dans la mort la marquise de Vaubrun d'un an seulement, et de onze son neveu le dernier comte de Nogent.



Les anciennes maisons de Paris, par Lefeuve  1875

Charlotte Bautru, nièce dudit chancelier, est l'épouse en secondes. noces du prince Armand de Rohan de Montauban, que Moréri prend à tort, dans Son Dictionnaire historique, pour un prince de Montbazon, et elle revend au régent, le 17 avril 1720, la maison même de la Chancellerie, en s'en réservant l'usufruit viager. L'une des anecdotes qui courent alors sur le compte de cette princesse de Montauban, nous revient à propos. Elle se fait si souvent solliciteuse que Dubois finit par donner directement à l'une de ses demandes cette réponse plus que discourtoise : —Allez vous faire f...... Mme de Montauban se hâte de s'en plaindre au régent, qui est trop galant homme pour donner tort à une dame, mais qui en passe plus encore à l'ancien cuistre dont il met à profit les talents politiques. — Chère madame, répond-il, que voulez-vous? Dubois a ses moments d'humeur; mais c'est, au fond, un homme de bon conseil.


Lettres de Madame de Sévigné: de sa famille et de ses amis (Volume 6)
Auteur : Marie de Rabutin -Chantal Sévigné, Louis -Jean-Nicolas Monmerqué , Paul Mesnard , Édouard Sommer Edité en 1862



Mme de Grignan

836. DE MADAME DE SÉVIGNÉ A MADAME DE GRIGNAN.

Aux Rochers, ce dimanche 28e juillet.

……..
Je n'ai plus de si bons commerces : Mme de Coulanges est partie ; elle m'a dit adieu fort joliment ; elle me conte deux ou trois folies de la Rambures et de la Rannes1, et s'en va, dit-elle, devenir votre voisine, souhaitant de revenir avec vous.
……

1 Les deux sœurs. — Sur la marquise de Rambures, voyez tome II, quant à la marquise de Rannes, Charlotte de Bautru, elle était veuve de Nicolas d'Argouges, marquis de Rannes, lieutenant général des armées du Roi, colonel général des dragons, tué en Allemagne en 1678. Elle se remaria le 2 août 1682 avec Jean-Baptiste- Armand de Rohan, prince de Montauban (petit-fils de la princesse de Guémené, frère du duc de Montbazon), de qui elle resta veuve le 6 octobre 1724; elle mourut elle-même au mois de décembre 1725, ne laissant qu'une fille morte sans alliance.