Florent d'Argouges et Rubens

Peter Paul Rubens et la France, 1600-1640
 Par Alexis Merle du Bourg     paru en 2004


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Richelieu et Maugis ne furent pas las seules personnes de l'entourage de la reine mère ou de la cour pour qui Rubens travailla ou qui recueillirent des œuvres du maître. On apprend, ainsi, dans une lettre de Rubens à Valavez du 3 juillet 1625, que le peintre, afin de faciliter le paiement des sommes qui lui étaient dues pour son tavail dans la première galerie du Luxembourg, avait ait présent à Monseigneur d'Argouges « d'un grand et beau tableau tout à fait de (sa) main » que ce dernier avait semblé accepter « avec beaucoup de plaisir ». « Monseigneur d'Argouges » est probablement Florent d'Argouges, trésorier de Marie de Médicis. Malheureusement rien ne permet d'identifier le tableau en question. L'inventaire après décès de Florent d'Argouges, dressé en 1631, se révèle assez décevant à cet égard. Le trésorier de la reine n'était, à l'évidence, pas un curieux. Son tableau le plus précieux semble avoir été une grande Résurrection anonyme, sur toile, qui fut prisés 64 livres. Pourrait-il s'agir de l'œuvre offerte par Rubens? M. Rooses a proposé jadis d'identifier le tableau d'Argouges avec la grande Résurrection de Lazare sur toile (c. 1620-1625) qui se trouvait au Kaiser Friedrich Muséum de Berlin et qui fut détruite pendant la seconde guerre mondiale. La prisée de la Résurrection inventoriée chez d'Argouges semble basse mais il serait imprudent d'en déduire qu'il s'agissait d'une œuvre de médiocre qualité. Le fait que la tableau de Berlin puisse être identifiée avec une Résurrection de Lazare qui se trouvait entre les mains d'un marchand parisien au milieu du XVIIIe siècle et provenait, selon Mariette, « d'une chapelle d'un château de province », constitue néanmoins une argument bien fragile pour justifier le rapprochement des deux œuvres. Il est d'ailleurs très possible que La Résurrection inventoriée chez d'Argouges désigne une résurrection du Christ plutôt que de Lazare. On restera donc prudent à propos du présent fait par Rubens au trésorier de la reine mère. On ne saurait exclure que d'Argouges, qui n'était manifestement pas collectionneur, ait cédé le tableau peu de temps après l'avoir reçu. On songe notamment à la magnifique Famille de Loth quittant Sodome du Louvre, à l'évidence entièrement autographe, qui fait parti des très rares tableaux de Rubens signés et datés (PE. PA. RUBENS FE./A°1625).

Le fait que Rubens ait signé l'œuvre  laisse penser qu'elle fut exécutée pour une occasion particulière et dans un dessein précis. Quant à la date, elle a amené, sans doute à juste titre, la majorité des auteurs à considérer que le destinataire du tableau était français. On a souvent émis l'hypothèse que ce personnage pouvait être Richelieu lui-même. Mais le tableau n'apparait dans aucun des documents relatifs aux collections du cardinal ( qui ne rendent pas compte, il est vrai, de l'intégralité des tableaux possédés par Richelieu). Le tableau du Louvre pourrait-il être le tableau d'Argouges? Certes, la Famille de Loth mesure 75 x 119 cm. et Rubens fait état d'un grand tableau dans sa lettre du 3 juillet 1625 mais l'hypothèse ne nous paraît pas devoir être définitivement écartée pour autant.
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Mr Jaffé a proposé de a proposé d'identifier le tableau d'Argouges à Cupidon suppliant Jupiter de consentir à son mariage avec Psyché. Aucun argument valable ne plaide en faveur de cette identification.