Bataille d'Aumale

Le 5 février 1591, le roi Henri IV, faisant la guerre de partisan devant Aumale, suivi de 30 hommes de sa cornette blanche et de 120 cavaliers, attaqua avec une folle témérité les 22.000 ligueurs du duc de Parme.

En but aux regards ennemis, il allait périr, lorsqu'un du Mesnil « de sa suite » échangea incontinent sa salade contre celle du prince au panache blanc, pour attirer sur lui les coups.

Et même, s'il en fallait croire la tradition, trois frères du Mesnil lui auraient rendu successivement ce service et auraient succombé. François du Mesnil - le dernier de ces dévoués compagnons du roi - aurait seul survécu.

Au soir de la bataille, le roi Henri fit venir, pour souper au camp, François du Mesnil. Il lui offrit deux roses blanches sur un plat de faïence hispano-mauresque conservé chez les Maricourt[1] et lui octroya le droit d'accoster de ces roses la bande de son blason, avec la devise « Intactae vivunt, intactae pereunt », et le port de son étendard aux côtés de l'écu. Depuis lors, les du Mesnil qui portaient auparavant « d'azur à la bande d'or » ont blasonné : « d'azur à la bande d'or accompagnée de deux roses d'argent, devise ci-dessus, couronne de marquis. (On la rencontre tout au moins depuis Louis XIV). Supports : deux lions armés et assis au-dessous des étendards fleurdelisés chargés d'un H couronné »[2].

Je crois avoir établi dans mon « Livre de Famille » que si les trois morts successives des frères du Mesnil tiennent peut-être de la légende, la tradition concernant le salut du roi dû à François du Mesnil, conservée par toutes les branches du Mesnil, mérite créance. Elle est mentionnée, avec certaines erreurs de noms, par Sémilchon dans son « Histoire d'Aumale » et par le chanoine Ythier. (Bibliothèque de la ville de Provins, manuscrit du XVIIIe siècle).

Henri IV, d'ailleurs, continua ses faveurs à François du Mesnil, qui, en août 1597, combat encore à ses côtés. (Documents inédits Berger de Xivrey. 1849. t. IV, p. 830). Etant au camp devant Doullens il lui donne, le 17 octobre 1597, des lettres de relief de noblesse en raison de la taille à laquelle ont été soumis son père et son aïeul et « les archives dudit François ayant été brûlées pendant le siège d'Amiens », il lui accorde de nouvelles lettres de noblesse en date du 15 janvier 1009 (Carrés d'Hozier, loc. cit. f ° 90). Elles commencent par ces mots : « Notre cher et bien aimé François du Mesnil, sieur du fief d'Escles, homme d'armes, etc..., nous a fait entendre que, pour récompense de bons et fidèles services que ses debvanciers ont toujours rendu aux deffuncts roys aux guerres, le roy Louis le onzième auroit anobli Jehan du Mesnil, etc. » (Carrés d'Hozier, loc. cit. Archives de famille, etc.). François du Mesnil fut homme d'armes de la compagnie de « César Monsieur », duc de Vendôme, fils naturel et très aimé du roi Henri IV, gentilhomme dudit Prince et capitaine gouverneur du château de la Neuville-en-Hez près Clermont de l'Oise.



[1] Pendant l'occupation allemande de 1914, il fut caché dans la sépulture des Maricourt, à Vieux-Maisons.

[2] Je n'ai pu jusqu'ici rattacher à l'aïeul commun - antérieur à Henri VI - des du Mesnil, picards, qui au XVIIe siècle portaient « au premier et quatrième d'azur à la bande d'or (armes primitives), écartelé d'un blason d'alliance.