Guillaume d'Argouges
Chevalier , Seigneur d'Argouges, de Saint Malo de Bayeux et etc...

Fut prisonnier des Anglais et mis à rançon à la somme de quatorze cents livres payée par le roi de France en 1340.

 ETAT CIVIL  PARENTS
  • Décédé avanr 1371
  • Sans postérité
Raoul V d'argouges, chevalier, décédé
Marié avec
Jeanne de Semilly, décédée
  MARIAGE
Marié avec Lucine de Villiers, Dame de Bellon, décédée  -  (parents : Richard de Villiers , Chevalier &   ? ? )

Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie - 1880 (37)
Auteur : Société des antiquaires de Normandie Edité en 1880

L'AVRANCHIN

PENDANT

LA GUERRE DE GENT ANS

1346 A 1450,

PAR M. CH. LEBRETON,

Membre de la Société.

Quant à messire Regnault de Cobehen , il suivit avec son armée le littoral de l'ouest, se dirigeant sur l'Avranchin. C'est lui qui fut chargé d'implanter dans cette région la domination anglaise. Il était mandé dans la contrée de Fougères par Thomas d'Agorne, capitaine anglais qui soutenait le parti du duc de Montfort. Regnault de Cobehen ne pénétra dans l'Avranchin qu'avec deux bannières ; il brûla les faubourgs d'Avranches, sans entrer dans la ville, qui appartenait au roi de Navarre ; il ruina le manoir et le bourg de Ducey, et alla donner l'assaut au château de St-James ; mais il fut repoussé avec pertes, et à deux reprises différentes, en 4346 et 1347, par le capitaine de la place, Raoul Guiton, dont la vaillance fut reconnue et récompensée par le roi de France. Ce guerrier possédait le manoir de Carnet et mourut à St-James le 14 juin 1349. Il eut pour successeur Jean Painel, sire de Marcey, qui s'établit dans le château avec quatre chevaliers, trente-deux écuyers , trente-neuf arbalétriers à pied et neuf archers à cheval. Au moindre signal , il voyait autour de lui d'autres guerriers du pays, Yves de Chéruel, Robert et Jean de Crux , Jean du Bois de Saint-Quentin, Guillaume d'Argouges et les Fraslin de Husson , seigneurs de Ducey.

Revue maritime : publiée par le Ministère de la marine - 1898 (8)
Auteur : Service historique de la marine Edité en 1898

Bataille de l'Écluse. (24 juin 1340)

Prenez une carte de la Belgique. Dans une faible échancrure de la côte, entre la Flandre et la Zélande, débouche un filet de canal, étriqué par les polders, engorgé par les alluvions : voilà ce qui reste du Zwyn majestueux où Philippe-Auguste et Charles VI réunirent un millier de navires.

Alors, le Zwyn avait un large estuaire, ouvert et profond, fort prisé des Français, qui nombre de fois y déployèrent leurs flottes avec l'espérance, toujours vaine, d'envahir l'Angleterre.

L'amiral Quiéret eut le tort de s'engager dans cette impasse sans s'assurer aucun point d'appui sur les rives.

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Dans le crépuscule qui tombait, la lutte commençait à décroître : les Anglais, harassés de fatigue, incertains de leurs coups, se décidaient à faire relâche jusqu'au lendemain ; les cris de mort, le cliquetis des armes, tous les bruits graduellement s'éteignaient... Soudain, des ombres surgirent dans la passe de Cadzand; des barques flamandes venant à la rescousse d'Edouard, prenaient à revers notre troisième ligne, une soixantaine de navires, masse assez compacte pour tenir en échec l'ennemi1. Dès lors, ce fut la débâcle. Enfermés comme dans une cage, affolés, cherchant une issue, nos marins se heurtaient partout aux Anglais ou aux naufrageurs. Ils semèrent de leurs cadavres « tut pleyn de lieux sur la Costere de Fflaundres». Quelques-uns luttaient encore; Guillaume d'Argouges1, capitaine de la Jeannette, de Caen, repoussa l'assaut de l'ennemi. Bref, à la faveur de la nuit, une trentaine de navires se frayèrent un passage à travers la flotte d'Edouard III : leurs équipages, renforcés par les blessés et les fuyards qui s'étaient traînés à leur bord, s'élevaient à 5,000 hommes environ5. Ce fut tout ce qui échappa.



1 Il avait pour état-major son frère Raoul, chevalier; Thomas Carville et Héon Rousée, écuyers; Robert Broquet, chapelain (Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, XIII, p. 429).


Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie
Edité en 1885

On peut reconstituer, sommairement, un épisode de l'histoire de la marine normande.

Nous sommes en 1340; Edouard III d'Angleterre, se prétendant l'héritier légitime de la couronne de France, a commencé contre Philippe de Valois cette
guerre qui ruinera pour longtemps notre pays, qui nous mettra quelques années sous la dépendance de l'étranger, et qui portera dans l'histoire le nom de guerre de Cent-Ans. Aidés par l'Angleterre , les Flamands se sont révoltés, et partout, sur nos côtes, comme de l'autre côté du détroit, les armements se font dans tous les ports. L'année précédente, les Normands ont proposé au Roi de France de renouveler la conquête de l'Angleterre à leurs frais, s'il veut mettre à leur tête son fils Jean, leur nouveau Duc.
Mais auparavant les hostilités ont commencé ; Hastings et Plymouth ont été brûlés ; Southampton a été livré au pillage et réduit en cendres ; l'île de Guernesey est conquise ; tous les ports de la côte anglaise de la Manche sont menacés, attaqués; les navires anglais n'osent plus prendre la mer, et Edouard III est forcé d'armer une flotte considérable pour venir au secours des Flandres.
De leur côté, les Normands ne restent pas inactifs; Hugues Quéret, amiral de France, et Nicolas Béhuchet, conseiller du Roi et son Trésorier, sont chargés de réunir le plus grand nombre possible de navires pour combattre les Anglais. Chacun de nos ports fournit son contingent, et Caen, à lui seul, en arme 14. Sur ce nombre, huit nous sont connus par leur nom ; c'étaient : La Sainte-Anne, Le Saint-Pierre de Caen, L'Amoureuse, La Nef-Dieu, Notre-Dame la Marchande, Dieu la garde, Le Saint-James, et enfin La Jeannette. Celle-ci avait pour armateur Jean Le Prévôt, bourgeois de Caen; son capitaine était Guillaume d'Argouges ; et Robert Broquet y remplissait les fonctions de chapelain. L'équipage se composait de quatre-vingts hommes, et parmi eux se trouvait notre écuyer Héon Rousée, qu'accompagnait Thomas de Carville également cité dans l'acte que je viens de vous lire. Le 8 mai 1340, La Jeannette complétait ses approvisionnements et recevait de Jehan Langlois, maître des garnisons du Roi, ses vivres et provisions, de la viande, du poisson, de la chandelle, seize tonneaux vides pour y mettre de l'eau et des boissons, et enfin tous les ustensiles de cuisine nécessaires pour une campagne de deux mois. Quelques jours après, elle prenait la mer et arrivait à Honfleur où elle était armée en guerre par les soins de Thomas Fouques, maître du clos des galées de Rouen. On y embarquait des bassinets ou casques ; des plates ou cuirasses; des larges ou boucliers; des lances ferrées; des arbalètes de divers modèles ; des caisses de traits à pointes carrées appelés carreaux, pour le service des arbalètes, et des dagues ou coutelas. Commencée vers le 25 mai, cette opération fut terminée à la fin du mois pour les navires réunis à Honfleur ; ils rallièrent le reste de la flotte du côté de Boulogne et croisèrent sur les côtes de Flandre devant l'Ecluse, pour barrer le passage aux Anglais.
Edouard III quitta le 22 juin les ports anglais , et le 24 les deux flottes se trouvèrent en présence. La lutte, qui dura de six heures du matin à midi, fut acharnée ; et si les Normands ne furent pas vainqueurs, du moins ils sauvèrent l'honneur de la France. L'amiral Hugues Quéret fut égorgé après s'être rendu, et Nicolas Béhuchet fut pendu au grand mât de son navire. Quel fut le sort de La Jeannette dans ce désastre, qui porta à notre marine un coup dont elle fut longtemps à se relever; le passage de notre texte où il est dit qu'Heon Rousée s'en vint « tout nu à Calais » nous fait craindre qu'elle disparut dans le combat, mais en tout cas ce ne fut pas sans avoir fait vaillamment son devoir ; et notre écuyer, blessé aux cuisses, comme le fut le roi d'Angleterre lui-même, le fut aussi à la poitrine, et si grièvement que ses compagnons le crurent mort. Toutefois il ne tomba pas au pouvoir de l'ennemi ; rapporté à Calais, il y fut soigné et parvint à guérir. Il est regrettable que nous n'ayons aucun détail sur son séjour à Calais, car nous aurions eu de curieux renseignements sur l'histoire de la chirurgie militaire au moyen âge ; nous ne sommes plus à l'époque des Croisades où , comme l'a rappelé notre confrère, M. Guillouard , on pendait haut et court le médecin qui n'avait pas guéri son malade; et nous touchons au moment où l'introduction des armes à feu, en changeant la façon de combattre, vint modifier le traitement des plaies de guerre ; puisque jusqu'à Ambroise Paré, sous Charles IX, toute blessure de ce genre, considérée comme empoisonnée, était immédiatement brûlée à l'huile bouillante, ce qui aggravait le sort des malheureux blessés qui succombaient le plus souvent.
Dans cette défaite, Heon Rousée.avait tout perdu; aussi s'adressa-t-il au Roi de France en lui demandant un secours et en invoquant les services qu'il avait rendus. Sa requête fut accueillie, et les lettres patentes de Philippe de Valois, datées de St-Germain-en-Laye, lui octroient trois muids de froment; c'était une somme considérable pour l'époque ; plusieurs documents, entre autres le prolégomène du cartulaire de St-Père de Chartres nous indiquent que le muids valait 15 hectolitres 12 litres à peu près ; c'est donc 46 hectolitres ou 23 sacs de blé que le Roi lui accordait sur le grenier royal de Domfront, qui servait de dépôt de provisions pour la garnison.
A la réception des lettres de Philippe , le vicomte de Domfront, qui ne veut remettre le don royal qu'à bon escient, commence une enquête ; ce n'était pourtant pas le premier venu qu'Heon Rousée ; il appartenait à une bonne famille du pays; et, quelques années auparavant, un de ses parents, Guillaume Rousée, avait lui-même occupé ce poste de vicomte de Domfront
. Un peu plus tard, un autre membre épousera le gouverneur de la ville ; mais il lui faut comparaître en personne, prêter serment, produire des témoins, et ces derniers appartenaient à une des plus anciennes familles de Normandie : les d'Argouges, compagnons de Guillaume à la conquête de l'Angleterre, de Robert Courte-Heuze à la conquêle de Jérusalem, alliés aux d'Harcourt et aux premières familles de la noblesse de France. Nous voyons donc comparaître en personne le capitaine de La Jeannette, Guillaume d'Argouges, son frère Raoul, Thomas de Carville, Robert Broguet, tous compagnons d'armes de notre écuyer et témoins aussi de sa valeur; ils viennent affirmer hautement son courage et les services qu'il a rendus à son Roi; à eux se joint dame Luce de Villiers, femme de Guillaume d'Argouges, qui tient, elle aussi, à proclamer la vérité des affirmations de ses proches, et c'est devant ces témoignages unanimes que le vicomte de Domfront accorde enfin à Heon Rousée ce dédommagement de tout ce qu'il a perdu et la récompense de ses services.