Histoire de Vents

Histoire amoureuse des Gaules. Suivie des romans historico-satiriques du XVIIe siècle. Tome 4

Auteur : Bussy-Rabutin, Roger de (1618-1693)

revue et annotée par M. Paul Boiteau, recueillis et annotés par M. C.-L. Livet... Edité en 1830

ENTRETIEN X.


Le Roi, et Monsieur de PONTCHARTRAIN, ministre d'Etat.


Le Roi. Eh bien, Monsieur, aurons-nous de l'argent?

M. de PONTCHARTRAIN. Sire, en exécution de vos ordres, nous nous sommes assemblés extraordinairement, pour tâcher de trouver à Votre Majesté les sommes qu'elle demande,nous avons longtemps délibéré.

Le Roi. Il ne falloit pas perdre tant de temps à délibérer, et passer promptement aux effets pour remplir nos coffres.

M. de PONTCHARTRAIN. Nous le souhaitons tous ardemment; mais.

Le Roi, se fâchant. Mais, mais; ne vous ai-je pas dit que quand j'ai commandé, je ne veux pas qu'on me contredise.

M. de PONTCHARTRAIN. Sire, je prends la liberté de remontrer à Votre Majesté que l'on ne peut à présent aller si vite; la ville et la campagne sont ruinées par les taxes, les impôts et les contributions; vos peuples meurent de faim1 1, et sont tellement accablés de misères, qu'ils ont beaucoup plus besoin d'un prompt soulagement, que d'être encore surchargés par de nouveaux impôts.

Le Roi. Qu'ils fassent comme ils l'entendront mais il faut bien qu'ils payent ou qu'ils crèvent. Voilà qui est admirable! Doivent-ils travailler pour d'autres que pour moi qui suis leur Roi, et tous leurs biens ne m'appartiennent-ils pas de droit, comme madame de Maintenon et les bons Pères Jésuites me le représentent si souvent2! C'est aussi le sentiment des principaux de ma Cour, qui disent que mes sujets doivent s'estimer fort heureux que je leur laisse la vie et l'habit, que je pourrois leur ôter si je voulois.

M. de PONTCHARTRAIN. Il ne me convient pas, Sire, d'entrer dans cet examen; cependant je prends la liberté de vous dire, qu'encore que Votre Majesté soit toute puissante sur la terre, elle ne peut faire trouver de l'argent où il n'y en a pas. Il n'y a que le Créateur de l'Univers qui puisse faire un si grand miracle.

Le Roi. Enfin, Monsieur, sans tant de raisons, faites ce que vous pourrez et mettez tout en usage; mais il faut au plus tôt de l'argent, tant pour mes dépenses ordinaires et extraordinaires, que pour celles de la guerre3 et de Marly4, dont je ne prétends pas absolument [en] rien retrancher.

M. de PONTCHARTRAIN. C'est ces grands recouvrements que je travaille aussi avec toute l'application possible; mais en vérité, Sire, nous avons inventé tant de nouvelles affaires, que mon imagination en est tarie5 et il ne nous reste plus qu'une découverte à mettre en oeuvre.

Le Roi. Quelle est donc cette découverte?

M. de PONTCHARTRAIN. — La voici : Messieurs d'Argouges et Barbezieux6, ministres d'Etat, ne pouvant plus mettre de taxes, et voyant que les finances de Votre Majesté commencent à s'épuiser, M. d'Argouges, toujours fertile en moyens, nous en proposa un nouveau, qui est de mettre un impôt sur les vents; ce qui attireroit, dit-on, de grandes sommes d'argent pour soutenir la guerre dans tout le royaume; les mariniers, les bateliers, les meuniers et autres gens semblables, ne pouvant se servir de cet élément sans payer la somme imposée.

Le Roi. Cet avis me paroît assez bon, et n'est pas à négliger.

M. de PONTCHARTRAIN. L'on étendroit le règlement jusques sur les apothicaires, qui par leurs remèdes tirent un gros profit des vents du corps humain, et sur les médecins qui n'en tirent pas moins, et y contribuent autant par leurs ordonnances.

Le Roi, se frottant le front. Je consentirois avec joie, si cela se pouvoit; mais chacun se révoltera d'abord contre ce nouvel impôt, particulièrement les médecins et les apothicaires qui crieront comme des diables.

M. de PONTCHARTRAIN. Sire, il suffit d'avoir votre consentement, nous les réduirons comme les autres.

Le Roi. Monsieur, je ne sais ce que je dois faire mon confesseur m'a rapporté que tous les saints du Paradis crient contre moi comme des enragés d'avoir osé taxer le service divin7 1.

M. de PONTCHARTRAIN. Cela se peut-il, Sire?

Le Roi. Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur; mais que le Père Bobinet, confesseur du Père de la Chaise qui est mort depuis peu, a été député de l'assemblée céleste pour m'en avertir.

M. de PONTCHARTRAIN. C'est cependant, Sire, le dernier moyen que nous avons trouvé pour avoir de l'argent.

Le Roi. Morbleu, Monsieur, je suis au désespoir de voir les côtes de France bombardées par les Anglois et les Hollandois1. Je voudrois n'avoir jamais vu Tourville8 qui m'a conseillé de mener ma flotte dans la Méditerranée les alliés en ont bien su profiter et n'auroient pas fait de même9

M. de PONTCHARTRAIN. Sire, c'est un malheur, mais la chose est faite.

Le Roi. Oui, de par tous les diables, mais je n'en suis pas mieux, et mes forces s'affoiblissent toujours de plus en plus.

M. de PONTCHARTRAIN. Rien n'est plus vrai, Sire; car les trois Etats de Votre Majesté sont aux abois et n'en peuvent plus; le Clergé, le Parlement et la Noblesse se sont saignés jusques à la dernière goutte de leur sang, et je ne sais par quel nouvel impôt on pourra trouver de l'argent.

Le Roi, après avoir rêvé. Monsieur, il me semble qu'il seroit plus à propos de taxer les heures que les vents, parce qu'elles font toujours leur même révolution, et que chacun s'en sert généralement sans pouvoir s'en passer, particulièrement l'heure du berger, qui est d'une nécessité importante aux amants.

M. de PONTCHARTRAIN. Mais, comment, Sire, connoître les heures destinées à l'amour, à moins de taxer tous les jeunes gens.

Le Roi. Monsieur, l'on ne sauroit manquer de comprendre au rôle de cette taxe tous les vieux et les jeunes; car je puis vous assurer que les vieillards aiment autant à se divertir que les autres.

M. de PONTCHARTRAIN. Mais, Sire, Votre Majesté ne trouveroit-elle pas bon d'y mettre les religieux et les abbés1, qui font.

Le Roi. Ah! ciel! Monsieur, vous n'y songez pas; il est vrai que les abbés sont amis de la galanterie; mais les autres sont de saintes âmes qui ne font que prier Dieu nuit et jour.

M. de PONTCHARTRAIN. Sire, M. de Pomponne proposa encore un autre moyen, qui semble être une dépendance de celui que Votre Majesté veut dire c'est de taxer toutes les filles de joie10 de votre royaume, et ceux qui les entretiennent.

Le Roi en riant. Il faut donc qu'il se mette le premier en tête; car je sais qu'il ne hait pas les femmes11 2.

M. de PONTCHARTRAIN. Cela s'entend, Sire, c'est peut-être pour avoir le plaisir de payer et vous marquer son zèle, que ce ministre a inventé ce moyen qui n'est pas méchant.

Le  Roi. Cela est assez sujet à caution; mais quittons la raillerie, et pour conclusion de cet entretien, faites fond, suivant le plan que nous venons de faire, de me trouver au plus tôt de l'argent, et surtout n'y manquez pas.

M. de PONTCHARTRAIN. Sire, j'y ferai de mon mieux.

1. Vos peuples meurent de faim. « Si, en 1688, on.se plaignoit que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher, aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707). » Mém. de Boulainvilliers, II, 152. « On ne sçauroit compter combien il meurt de pauvres paysans à la porte des plus riches bénéficiers, sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture ou du plus simple remède. » (Ibid., p. 126.) « Le règne de Louis XIV,- despotique, brutal, très long et par conséquent odieux, a détruit l'abondance en tirant des sujets au-delà de leurs forces et en détruisant la consommation intérieure. il a pareillement détruit la confiance en découvrant un fonds de mauvaise intention et d'artifice dans les ministres, digne d'une éternelle exécration. » (Ibid., pp. t, 8-9.) « Les fortunes subites des financiers ont excité plusieurs marchands à quitter le commerce, et une infinité d'autres à quitter l'agriculture. De là vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers ont été ruinés, que les terres sont incultes ou mal façonnées, et que les banqueroutes sont si fréquentes. »(Ibid.,p. 16-17.) Les extraits qui précèdent nous dispensent de citer les passages si connus où La Bruyère, Vauban, etc., dépeignent la misèredu peuple. Cf. Vie de Mmede Miramion, pp. 320 et sq.

2. Dans sesMémoiresL,ouisXIV,parlantdessouverains, dit que « le Ciel les a faits dépositairesde la fortune publique». (Édition Dreyss,1, p. 177); il ajoute(t. II, p. 230) que« les Roissont nés pour posséder tout et commander à tout.»

3. La France soutenatt alorstroisguerres,en Hollande, en Savoie et dans le Palatinat, sans parler de ses guerres navales dans la Méditerranées ,sur les côtes de France et dans les colonies. Nous avons donné plus haut (p. 157,note1) un aperçu des frais énormes de ces guerres.

4. Un mémoire de Marinier,commis des bâtiments du Roi, sous Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans lesMémoires de Saint-Simon (Édition Hachette), nous donne l'état des dépensesfaitespar Louis XIV à Versailles, Saint-Germain, Marly etc.-De 1679 à 1690 les dépenses pour Marly seuls 'élevèrent à la somme totale de 4,501,279 liv. 12 S. 3 d., somme qu'il faut au moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.- A cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de rivière qui tomboit du haut de l'allée derrière le château on estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille écus.

5. La liste serait longue de toutes les mesures prises pour augmenter les ressources du Trésor. Nous citerons les principales qui furent arrêtées dans les cinq dernières années, de 1690 à 1695.

1690. 3 Janvier. Déclaration du Roi « Pour mettre tout d'un coup dans le commerce une grande quantité de matières d'or et d'argent et la faire convertir en espèces à nos coins et armes, nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande partie des ouvrages d'orfèvrerie qui servoient d'ornements à nos palais (malheureusement, d'après l'abbé Le Gendre, ces ouvrages étoient dus au célèbre orfèvre Claude Ballin, dont on trouve la vie et le portrait dans les Hommes illustres de Perrault) et, après avoir donné cet exemple à nos sujets, nous avons, par notre déclaration du 14e du mois de décembre dernier, deffendu à l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de pur ornement, et nous avons ordonné que ceux de nos sujets qui auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de nos monnoyes. sans aucun profit pour nous, puisque nous leur faisons payer la matière desdits ouvrages d'argenterie deffendus à 3 5sols du marc de plus qu'elle n'est évaluée par les tarifs arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prévoyance et nos soins ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir que, depuis la publication de cette déclaration, nos sujets y obéissent avec tant de zèle et d'empressement qu'ils portent aux hostels de nos monnoyes; non-seulement les ouvrages d'argenterie deffendus, mais encore beaucoup de-vaisselle plate (plata, esp., argent) dont l'usage leur étoit permis. »

1690. 8 Février: Lettre du Roy à Mgr l'Archevêque de Paris « Mon cousin, comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup d'argenterie dans les Eglises au-delà de celle qui est nécessaire pour la décence du service divin, dont la valeur estant remise dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a d'argenterie dans chaque église de votre diocèse. vous asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoyes pour estre converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en estre payée comptant sur le pied porté dans ma déclaration du 14 décembre dernier. » -Semblable lettre dut être envoyée à tous les Evêques de France.

1690. 16 Février. Lettre de l'Archevêque de Paris au Clergé tant régulier que séculier de son diocèse, pour l'inviter à se conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 février.

1690. Février. Edit du Roi portant création en titre d'office d'un premier président et de huit présidents au Grand Conseil, qui payeront « en nos revenus casuels la somme à laquelle sera taxée chaque charge. »

1690. Novembre. Edit du Roi portant création de deux présidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de Paris, Requêtes de l'Hôtel et Requêtes du Palais. « Les dépenses excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous engageant de suppléer par des fonds extraordinaires aux défauts de nos revenus, nous nous trouvons obligez, après les grandes aliénations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on peut tirer des secours plus considérables avec moins de charge pour nos sujets et pour nos finances. « A ces causes. nous avons fixé à 500,000 liv. au lieu de 350,000 llv. le prix des charges de président, et celles de nos advocats généraux à 350,000 liv. au lieu de 300,000 liv. » Les nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de l'évaluation des offices. D'où ce résultat que « les plus hautes charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles des finances vont à dix et quinze pour cent, sans les autres facilités qu'elles procurent. » 6. Mém. du comte de Boulainvilliers.

1690. Décembre. Edit du Roi portant création de deux présidents, quatre maîtres ordinaires, quatre correcteurs, quatre auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de Paris. La charge de premier président est taxée à 550,000 liv. au lieu de 400,000 liv., celle de président, à 300,000 liv. au lieu de 200,000 liv., celle de procureur général à 300,000 liv. au lieu de 250,000 liv.

1691. Mars. Edit du Roi portant création de maîtres et gardes et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et métiers dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or desdits offices sont fixez pour la première classe à 30 liv.; pour la deuxième à 24 liv.; pour la troisième à 18 liv.; pour la quatrième à 12 liv. En outre, pour les droits de réception, selon la classe, 15liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit royal rétabli en remplacement du droit domanial supprimé, les marchands et maîtres des corps et communautés payent 40 liv. pour la première classe, 30 liv. pour la deuxième, 20 liv. pour la troisième, to liv. pour la quatrième.

1691 3 Mai. « Les marchands bonnetiers se réunissent au bureau de la communauté, rue des Ecrivains, paroisse Saint-Jacques-la-Boucherie, pour délibérer sur les moyens de trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communauté doit offrir au Roi pour réunir au profit d'icelle les offices héréditaires de six maîtres et gardesde la communauté créés, ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands et artisans des villes du

royaume par l'édit du mois de mars. » Il résulte d'un arrêt du Conseil du Roi en date du 8 mai, que les bouchers, après avoir refusé d'abord auroient fait leur soumission.

1691. 22 Mai. Extrait des Registres du Conseil d'Etat « Sa Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne que la déclaration du 14 novembre 1689 sera exécutée selon sa forme et teneur; en conséquence a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses à tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers à branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guéridons et autres semblables ouvrages. »

1691. 14 Août. Déclaration du Roi. « Ceux qui ont acquis quelque domaine aliéné de bénéfices, communautez, colléges ou hôpitaux, à la charge d'en remplacer le prix en maisons ou héritages, seront tenus, à la réquisition des créanciers, d'en porter les deniers à nostre trésor royal, pour estre employez en acquisitions de rentes constituées sur l'hostel de nostre bonne ville de Paris. »

1692. Janvier. Edit du Roi portant création des charges de surintendant général des postes et relais de France et de grand maître descourriers. « A l'égard de tous les droits utiles, profits et revenus appartenant auxdites charges. nous les avons unis et unissons à notre domaine pour estre reçus par nosreceveursavec nosautres revenus, chacun dans leur généralité» Cf. 6e Mém. de Boulainvilliers.

1692. Février. Édit du Roi portant création de lieutenants des. M. dans toutes les provinces du royaume « Si l'état florissant où nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande guerre que la France ait, jamais soutenue nous en a fait connoître les forces inépuisables, le zèle ardent et empressé avec lequel nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en même temps notre puissance trop bornée, lorsque, voulant proportionner nos bienfaits à leurs services, nous voyons à regret que nous manquons de récompenses à mesure que les raisons d'en donner augmentent. » Les lieutenants du Roi ne pourront être remplacés « sans que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément n'ait actuellement remboursé les sommes que lesdits lieutenants auront financés en nos coffres. »

1692. Février. Edit du Roi portant création de 200 notaires royaux dans l'étendue du Parlement de Tournay, etc.

1693. 17. Mars. Tarif des droits que le Roi en son conseil veut et ordonne être payez pour le controlle et enregistrement des titres et autres actes qui seront reçus à l'avenir dans toute l'étendue du royaume. Exemples contrats de mariage, jusqu'à 500 liv., dix sols; de 500 à 1,000 liv., 20 sols; de 1,000 à 8,ooo liv., 40 sols, etc.

1693. 8 Mars. Tarif des droits qui seront payez par les juges ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait recevoir ou qui n'ont point esté immatriculez aux greffes de nos cours ou juridictions. Exemple les juges des duchés-pairies et autres justices seigneurialesqui ressortissent immédiatement au Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc.

1693. 16 Juin. Tarif des droits que le Roi en son conseil veut estre payez à commencer du 1er juillet prochain par les communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de Paris, pour avoir la faculté d'avoir chez eux des balances, romaines et fléaux de quelque poids que ce soit. Exemple chacun des maîtres de la communauté des épiciers, apothicaires, grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.; merciers, grossiers, joailliers, 6 liv.; bouchers, 10 liv.; boulangers, 3 liv., etc.

1695. Janvier. On lit dans le MERCURE GALANT « Enfin la déclaration du Roi pour l'établissement de la capitation a esté publié. Il y avoit longtemps que cette publication étoit souhaitée, tant le zèle des sujets du Roi est grand pour contribuer à sa gloire et au bien de l'Etat en sorte que les taxes ont paru fort modiques à plusieurs. » Comme complément de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de la lettre (insérée au Mercure galant de mars 1695) par laquelle les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'être soumis à la capitation « L'Assemblée des Etats de Languedoc a toujours donné des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette province est chargée; mais elle sent croître cette passion dans le coeur de ceux qui la composent, en ce temps où les ennemis de l'Etat se sont faussement persuadé que le zèle des sujets du Roi peut diminuer ou leurs forces s'épuiser, après le don gratuit de trois millions qu'elle vient de faire à S. M. et de plusieurs autres sommes considérables. elle demande à Sa Majesté qu'il luy plaise de faire une subvention générale de capitation qui soit supportée par tous ses sujets, et demande que l'établissement en soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre. »

1695. 30 Avril. Edit du Roi, registré au Parlement, portant aliénation de douze cent mille livres de rente au denier quatorze sur l'hôtel-de-ville de Paris.

Nous pourrions multiplier ces extraits ceux qui précèdent peuvent déjà donner l'idée des souffrances que l'état de guerre faisoit supporter au pays.

6 Messire François d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil royal, ci-devant premier président du Parlement de Bretagne, mourut à Versailles le 16 de ce mois. (Gazette de France, 1695 de Versailles, le 19 août) [quelques jours avant la perte de Namur.]

Louvois étant mort le t6 juillet 1691, à 51 ans, son troisième fils, le marquis de Barbezieux, fut nommé secrétaire d'Etat, et prêta serment le 19 août entre les mains du Roi pour la charge de chancelier et garde des sceaux qu'avoit son père, le 25 août 1693; le 12 no- vembre il épousoit Mllede Crussol, .fille du duc d'usez et petite-fille de Montausier. Il mourut à Versailles le 5 janvier 1701, épuisé par une vie de plaisirs, après une courte maladie. Lorsqu'il succéda à son père, il avoit 23 ans « d'ailleurs nulle expérience, et il eut ordre de ne rien faire dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui fut donné comme collègue et comme modérateur. » (Mém. de l'abbé Le Gendre, p. 136.) Voy. sur les griefs du Roi contre lui, Saint-Simon, édit. Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457.

7  - L'auteur veut sans doute parler du tarif imposé au Clergé le 10juin1693 pour les droits à payer à l'occasion des mariages, sépultures, baptêmes, etc. Voici,par exemple, l'article relatif aux mariages bans, 30sols;fiançailles, 40; célébration du mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.; honoraires de la messe de mariage, 3o sols; pour le vicaire, 30 sols; pour le clerc des sacrements 20 sols; la bénédiction du lit, tant pour celui qui la fait que pour le clercquil'assiste, 30 sols, soit en totalité 20liv., soit de 60 à 80francsde notre monnoi

8 - Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, célèbre par ses actions sur mer, fut fait lieutenant-général des armées du Roi et vice-amiral du Levant en 1689 (Gaz. de France). Souvent vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690 (Gazette du 27 juillet), il fut repoussé par les Anglois le 7 juin 1692. Maréchal de France en 1693, il mourut à Paris dans la nuit du 7 au 8 mai 1701 (C'était le beau frère de Michel d'Argouges Marquis de Gouville)

9. - Gazette de France du 19 mars 1695 « On a eu avis de Livourne que les vaisseaux du Roy le Content et le Trident, commandezpar le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient esté attaquez par six vaisseaux de guerre anglois, » et contraints de se rendre après une résistance désespérée qui ne dura pas moins de deux jours.

Gazette du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695. « Les ennemis ne paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands préparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'à présent qu'à transporter en sûreté quelques troupes en Catalogne. »

Gazette du 17 septembre (Marseille, septembre) 1695. « L'armée navale des alliez, après avoir jeté inutilement 2,500 bombes dans Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55vaisseaux de guerre ou frégates. » A Toulon, à la Ciotat, à Marseille et dans les autres ports de la côte, le maréchal de Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les me- sures nécessaires pour empêcher le débarquement des ennemis qui, fort heureusement, furent éloignés par une tempête.

10 -  Il n'étoit point question, à cette époque, de taxer les filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en effet, que Mme de Combé, hollandoise de nation, fonda le Bon Pasteur, qui, après des commencements modestes, fut définitivement établi en 1698. Voy. Delamare, Traité de la police, I, 530 et suiv.

11.-  Ce qu'on reprochoit surtout à Pomponne c'étoit sa négligence; l'abbé Le Gendre dit qu'il « laissoit quelquefois des dépêches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore qu'il faisoit part aux jansénistes de tous les secrets de l'Etat, qui étoient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-même. » Ce fut là la cause avouée de sa destitution, mais « la principale peut-être fut que son emploi faisoit envie à M. Colbert qui étoit bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui il le fit tomber. » (Mém. de l'abbé Le Gendre, pp. 137-138.) Voir les Mêm. de Louis XIV, édit. Dreyss.