Philippe de la Trémoille
Prince de Talmont
Fiche généalogique du prince de Talmont                                                                 Fiche généalogique d'Angélique d'Argouges son épouse

Le prince de Talmont, né à Paris en 1765, avait été élevé dans la mollesse de la cour. A peine l'heure de la Révolution eût-elle sonné, que dépouillant l'habit du courtisan et tirant du fourreau l'épée de ses pères il l'offrit à la défense du trône. — Il fit la première campagne du Rhin avec le comte d'Artois ; mais son vrai rôle ne commence qu'au jour où, après mille aventures, il arrive à l'armée vendéenne au moment où elle s'emparait de Saumur et d'Angers. C'était, dit Mme la marquise de La Rochejaquelein dans ses Mémoires, un jeune homme de vingt-cinq ans, de cinq pieds dix pouces et d'une très-belle figure... Il était brave, loyal, complètement dévoué, d'un bon caractère... Il fut reçu avec satisfaction, on s'applaudissait d'avoir dans les rangs de l'armée un homme d'un aussi beau nom, dont la famille était depuis si longtemps presque souveraine en Poitou. M. de Talmont fut nommé sur-le-champ général de la cavalerie. C'est en cette qualité que le jeune prince prit part, jusqu'à sa mort, à tous les grands combats de la Vendée. Sa plus belle journée fut celle de Dol ; M. de La Rochejaquelein et toute l'armée se plurent à répéter cette vérité que l'armée lui dut son salut.

Sa mort fut héroïque. Peu de jours après le désastre du Mans il errait, déguisé, aux environs de Fougères, lorsqu'il fut arrêté, dans la nuit du 27 au 28 décembre 1793, par une patrouille de la garde nationale de Bazouges. Conduit à Fougères, on le mène devant le général Beaufort. Otant alors le bonnet de laine qui cachait une partie de sa belle figure. : Je suis, dit-il, le prince de Talmont, soixante-huit combats livrés dans six mois à la République, m'ont familiarisé avec la mort; faites seulement qu'elle soit prompte.

Garnier, de Saintes, se hâte d'instruire la Convention. « L'ex-prince de Talmont, écrit-il, vient d'être arrêté.... Le Capet des brigands, le souverain du Maine et de la Normandie mérite bien défigurer sur le même théâtre que son ancien confrère.... » I1est transféré à Rennes. Esnue La Vallée l'interroge. Talmont lui jette ces paroles pour toute réponse : Fais ton métier, moi, j'ai fait mon devoir. Le prince est dirigé sur Vitré, où la commission militaire le condamna à mort le 25 janvier 1794 (7 pluviôse, an 11). Par un raffinement de barbarie qu'ont flétri tous les partis, l'exécution de Talmont se fit à Laval, en face même du château de ses pères. Ce fut le soir du 27 janvier, à la lueur de quelques flambeaux qui ajoutait encore à l'horreur de cette tragique cérémonie.

Le 2 février suivant, Enjubault de La Roche, régisseur du prince, subissait le même sort. Son interrogatoire prouvait qu'ayant été agent du ci-devant duc de Talmont, il avait tenu sous le joug de l'oppression le peuple qu'il avait capté, au point d'avoir toujours eu des places et fonctions publiques depuis le commencement de la Révolution.

Avec Enjubault, on guillotinait aussi C. M. Jourdain, administrateur du département de la Mayenne. Toute sa conduite physique et politique n'avait démontré en lui qu'un des traîtres les plus marqués à la patrie, qu'un ennemi le plus perfide du doux système républicain.

La tête du prince de Talmont et celle d'Enjubault furent exposées sur deux piques, à la porte du château. Celle de Jourdain fut envoyée à Ernée, où elle fut mise devant la porte de la maison du district. Le menton de M. de La Roche, enlevé par le couteau de la guillotine, fut remplacé par un autre en fer-blanc. Laval était dans la stupeur ; on évitait la place du château.

Le prince de Talmont avait épousé, le 3 janvier 1785, H. L.F. Angélique d'Argouges, dont il n'avait eu qu'un fils, Léopold, né en 1787 et mort en 18155. Celui-ci avait épousé L. F. M. Félicie de Durfort-Duras, dont il n'avait point eu d'enfants, et qui, en 1829, se remaria au comte Auguste de La Rochejaquelein, frère cadet de Monsieur Henri.


Dix ans de la vie d'une femme pendant l'émigration: Adélaïde de Kerjean, marquise de Falaiseau, d'après des lettres inédites et des souvenirs de famille
Auteur : Broc, Hervé de, vicomte, 1848-1916 Edité en 1893

La marquise Costa écrivait de Lausanne, en 1794 : « Sans Maistre, qui nous a recueillis, il nous eût fallu coucher sur les cailloux de la route et y mourir de froid... Mme d'Argouges et Mme de Talmont sont tombées ici en sabots, sans linge, sans domestiques, huchées sur des tonneaux dans un char; c'était une pitié : cela m'a fait pleurer... Mme de Talmont m'a priée de lui procurer a travailler »


Les tribunaux civils de Paris pendant la Révolution [1791-1800] : documents inédits recueillis avant l'incendie du Palais de justice de 1871. Tome 2,Partie 1
 par Casenave,... , publiés et annotés par A. Douarche,...

Auteur : Casenave, Antoine-Mathurin (1803-18..) Edité en 1905

AUDIENCE DU 5 VENTOSE AN VI (22 FÉVRIER1798).

TROISIÈME SECTION.

LEGRAS président.

MENUAU DE VILLENEUVE, représentant du peuple (GUÉROULT, fondé de pouvoir),
C. COESNON-PELLERIN, rédacteur du journal L'Ami de la Patrie 
 l(THIBAULT, fondé de pouvoir).

Le Tribunal

Reçoit Coesnon Pellerin opposant au jugement par défaut du 17 frimaire dernier;

Lui donne acte de ce qu'il demande à faire preuve des faits consignés dans son journal L'Ami de la Patrie du 10 vendémiaire an VI, n° 581, relatifs à Menuau de Villeneuve, ainsi conçus : «La République Française, grâce à la journée du 18 fructidor, vient de gagner deux cent mille livres de rente, que le député Menuau de Villeneuve, du département de Maine-et-Loire, lui avait fait perdre par son influence clichienne. Voici le fait : Mmes la princesse de Talmont et d'Argouges, sa mère, qui avaient émigré, étaient revenues en France, avaient été mises en prison sous Robespierre, et avaient échappé comme par miracle, grâce à la journée du 9 thermidor. Comme de raison, elles sont sorties les premières de prison, et ont été loger rue Antoine, n° 250. Là elles ont fait la connaissance de ce député, et, pour parvenir à leurs fins, elles ont été loger avec lui rue Bellechasse. La princesse de Talmont a obtenu d'abord la restitution de tous les biens de Madame d'Argouges, sa mère, et pour surcroît les biens du prince de Talmont guillotiné dans la Vendée. Ce n'est pas tout : elle recelait chez elle le prince et la princesse de Tarente, et le chevalier de La Trémoille, tous les trois émigrés, ses beaux-frères et sa belle-sœur,et elle allait leur obtenir la restitution de tous leurs biens …...Grâce au ministre Sottin, toute la boutique La Trémoille est partie, le 21 au malin, pour la Suisse. Nous ignorons si le député est parti. »

Donne acte à Menuau de ce qu'il dénie les faits articulés ;

Ordonne que Coesnon Pellerin sera tenu de faire preuve tant par titres que par témoins, sauf la preuve contraire.

(Extrait des minutes,f. 87,p. 18.)